Visiter un lieu figé dans le temps, non dégradé, où la poussière et les toiles d’araignées sont les seuls ambassadeurs : c’est la passion peu commune d’Anne Back. Nous avons accompagné cette« urbexeuse » en quête de lieux abandonnés, prêts à être photographiés.

Aujourd’hui, Anne visite une maison abandonnée et plutôt bien conservée dans un village luxembourgeois. Son objectif est de prendre des photos et redonner vie aux objets d’antan. En effet, l’urbex consiste à explorer et découvrir des lieux abandonnés et à en réaliser des photos uniques. C’est une activité non sans danger car les bâtiments sont souvent dans un piteux état. Mais ce dont redoute le plus Anne, ce sont les chiens.

Jeune retraitée, celle qui était informaticienne de métier est tombée dans l’Urbex un peu par hasard avec son groupe de photo. Aujourd’hui, c’est devenu une véritable passion. « Un peu comme une drogue. Il lui en faut toujours » nous confie-t-elle. « Quand j’ai arrêté de travailler, j’avais beaucoup de temps libre. J’ai toujours aimé la photo, mais sans avoir de connaissance dans le domaine. Un jour, j’ai participé à une exposition de photos et je suis rentré dans un groupe dans lequel on faisait beaucoup de workshops ».

« Je suis alors tombé sur l’Urbex par hasard. Je me suis dit que c’est cela que je voulais faire »

Au début, Anne était frustrée de ne pas trouver de lieux malgré sa présence sur des groupes Facebook d’amateurs d’urbex. « Personne ne voulait partager les lieux. Mais aujourd’hui je comprends car plus ils sont secrets, moins ils sont détériorés ». Car être « urbexeur », c’est tout d’abord de la recherche. Anne passe 80% de son temps à rechercher des lieux et 20% à les explorer.

Aujourd’hui, Anne est très satisfaite de sa découverte : un ancien moulin figé dans les années 60. La cuisine est encore présente, ainsi qu’une table dressée recouverte de poussière. Comme si les habitants étaient partis sans rien dire. Certainement mis en scène par d’autres urbexeur précédemment, cela ajoute une touche de nostalgie et de contextualisation aux objets abandonnés. Ici, Anne est heureuse de trouver de veilles voitures laissées à l’abandon. « Ce que j’adore, c’est les cimetières de voitures ! », nous explique-t-elle.

Les règles et les dangers de l’Urbex

« Premièrement, on ne rentre dans un bâtiment que s’il y a un accès. Il est interdit de casser une porte ou une fenêtre pour se frayer un chemin. On ne dégrade et on n’emporte rien » nous détaille-t-elle avec sérieux. « Mais surtout, ne partez jamais explorer un lieu abandonné seul. Dans ces endroits, les dangers sont partout. Même où et quand on ne s’y attend pas. A Liège, dans un spot très connu, un urbexeur s’est fait tabasser à coups de barre de fer. Les 2 zonards ont pris son matériel et son argent et l’ont laissé là »

Mais ce n’est pas tout, car ce n’est pas le seul danger. « Il y a énormément de risques. L’effondrement dans des lieux comme ceux-ci (Anne était sur le terrain au moment de l’interview, au Luxembourg), des risques de chute dans un trou. J’ai déjà eu une jambe dans un trou avec uniquement mon trépied qui me retenait. C’était au début, je ne faisais peut-être pas assez attention. Il y a aussi le risque que le plafond s’effondre, ou encore le risque d’être sur une propriété privée, même si elle est abandonnée ».

« Moi, j’ai surtout peur d’avoir un chien qui me court après. Mais cela fait partie de l’adrénaline de l’Urbex, c’est ce qui en fait sa beauté aussi ! » nous témoigne Anne, très enthousiaste.

Les bons côtés de l’Urbex

Anne, elle, est heureuse de partir vers l’inconnu à chaque sortie. « Ce que j’aime, ce sont les ambiances derrière la porte. Donc, le fait de rester derrière une porte et voir la surprise qu’il y a derrière quand on l’ouvre. L’inconnu me plaît. Va-t-on pouvoir rentrer ? Va-t-on m’en empêcher ? Que vais-je trouver à l’intérieur ? Vais-je trouver une entrée ? Ce sont tant de questions que je me pose avant de partir à la découverte d’un lieu ».

Pour être précis, il existe deux catégories d’Urbex : d’un côté, les bâtiments et usines abandonnés. De l’autre, les châteaux, dans une ambiance plus chaude et moins glauque. La Belgique regorge de lieux abandonnés. « Il n’est pas toujours facile de les dénicher. Et il est encore plus difficile d’y trouver des châteaux » nous explique-t-on. « Je commence à aller en France. J’y ai trouvé deux châteaux, je suis contente. Mais c’est loin, il va falloir partir 2 jours » ajoute Anne.

Notre Urbeuxe en herbe nous explique que le rêve ultime de tout urbexeur, c’est d’être le premier à trouver un endroit encore inexploré. Sur le chemin pour arriver au second lieu abandonné – des anciens bureaux d’une famille riche du nord de la France – Anne ne peut s’empêcher de regarder par la fenêtre afin de repérer de possibles lieux abandonnés. «  C’est devenu un réflexe ! » Mais ce qui l’intéresse surtout dans l’Urbex, ce sont les objets qui sont dans la végétation, où la nature a repris ses droits.

« Ca montre la fragilité de tout ce qu’on produit et que la nature de toute façon engloutira tout et tout disparaitra »

Si vous voulez en savoir plus sur Anne et ses photos, voici sa page Facebook.