Depuis le 22 août, un magasin propose des fleurs de cannabis en vente libre (+18ans) à deux pas de la gare de Luxembourg. L’échoppe fait son commerce en toute légalité car la fleur de cannabis vendue contient presque exclusivement que du cannabinoïde (l’autre substance présente dans la marijuana) et moins de 0,3% de tétrahydrocannabinol (THC).

Nous ne sommes pas encore dans un coffee shop comme chez nos voisins du Nord, mais l’endroit y ressemble. «Sour Strawberry », «  Lemon Haze », « Mystic River », tous ces noms familiers à l’oreille d’un fumeur de cannabis averti sont proposés à la carte.  « Je propose 12 sortes de fleurs de cannabis différentes », témoigne Christophe, le jeune vendeur de 26 ans qui vient tout juste d’ouvrir les portes de sa « Cannathèque ». Ici, on trouve de tout à base de CBD : des pâtes, de l’huile, des shampoings bio et même du thé « made in Luxembourg ».  La fleur de CBD à fumer en elle-même coûte 12,5 euros le gramme et est certifiée BIO. «  Elles sont non-traitées aux pesticides, avec en général moins de 20% de CBD. Sur internet, il est possible d’en trouver avec plus de 20% de CBD mais elles sont, selon moi, traitées chimiquement».

Mais le CBD, C’est quoi ?

« Le nom exact est cannabinoïde, c’est une substance présente dans le cannabis. Celle-ci est différente de la molécule THC qui est la substance la plus connue et qui a un effet psychoactif », nous explique Christophe. « Le CBD, lui, n’a pas d’effets psychoactifs.  Il a un effet relaxant. Ça ne monte pas du tout à la tête. Seul le corps se détend. On peut rouler en voiture sans être positif au THC en cas de contrôle », poursuit Christophe. Selon lui, ce produit n’est pas une drogue. La fleur de CBD est du cannabis à la base mais sans THC. Cette hybridation a été rendu possible via de nombreux croisements entre espèces de marijuana.  D’ailleurs, la molécule n’est pas listée dans les conventions onusiennes en matière de stupéfiants et de substances psychotropes dont le Grand-Duché est signataire.

Que dit la loi ?

Au Luxembourg, le cannabis peut être vendu ou acheté légalement sous certaines formes et si des critères bien définis sont respectés comme notamment un taux de THC ne dépassant pas les 0,3%.  Pour ce faire, Christophe s’approvisionne en Suisse ou en Autriche chez des vendeurs spécialisés. «  Je reçois avec mon produit un certificat de conformité avec les analyses du laboratoire comme quoi la fleur contient moins de 0,3% de THC et x pourcent de CBD » La ministre de la santé luxembourgeoise déclarait d’ailleurs en 2017 que «ne sont pas considérées comme stupéfiants les variétés de chanvre dont la teneur en THC est inférieure à 0,3% (…) ainsi que celles destinées à un usage commercial à des fins non enivrantes pour lesquelles aucun potentiel d’abus n’est avéré d’après l’état actuel des connaissances en matière de toxicomanie»

En Belgique, la substance semble profiter d’un vide juridique. Certains commerces du même genre ont d’ailleurs vu le jour à Bruxelles.

Des vertus médicinales ?

« Des gens prennent ça pour mieux dormir, pour des dépressions, des maladies graves comme les scléroses en plaques, les cancers. C’est vraiment un produit qui aide beaucoup et qui évite parfois de prendre des produits pharmaceutiques qui attaquent, selon moi, un peu trop le corps.  C’est une plante à priori sans effets négatifs. » On notera quand même la dangerosité prouvée du tabac liée très souvent à la consommation de ce dernier et mélangé aux fleurs de CBD pour améliorer la combustion. « C’est la raison pour laquelle, le CBD peut être consommé avec des vaporisateurs par exemple, ceux-ci ne produisant presque aucune fumée. »

Quels risques de se faire arrêter avec du CBD ?

« C’est difficile de différencier du cannabis et des vraies fleurs de cannabis. Au pire, la police prendra une preuve », nous dit-on. «  Mais après analyse, ils verront qu’elle contient moins de 0,3% de THC. Je comprends que ça ressemble énormément à du vrai cannabis, mais les mentalités changent et la police est de plus en plus formée à ce propos.  Si on explique qu’on l’a achetée dans un magasin avec numéro de TVA, autorisation de commerce, et qu’ils prélèvent, ils verront bien que vous dites la vérité, que le produit est légal et que la plante n’a pas d’effets psychoactifs. »

Une étape vers la légalisation et l’ouverture de vrais coffee shops ?

« Cela va dépendre de la législation. Mis à part les Pays-Bas, l’Allemagne et Barcelone qui sont très en avance, il est toujours interdit d’acheter du cannabis en Europe. Ici, les clients sont rassurés d’acheter un produit qui ne provient pas de la rue, qui est tracé et qui n’est pas coupé avec n’importe quel autre produit. Maintenant, ceux qui veulent fumer du cannabis le feront toujours. Ils ne vont pas acheter du CBD pour compenser. Mais ça peut être une étape pour arrêter de fumer le vrai cannabis. » Notons d’ailleurs qu’une pétition (1031) pour la légalisation du cannabis à usage récréatif au Luxembourg déposée fin mai avait reçu en quelques heures des milliers de signatures. Les pétitionnaires avaient eu droit fin juillet à un débat public à la Chambre des députés.

Alors allons-nous vers une multiplication de ces commerces ? Après la légalisation du cannabis à usage récréatif dans beaucoup d’états américains (Colorado, Washington, etc), la question sera un sujet électoral pour les prochaines élections luxembourgeoises du 14 octobre prochain..  Enfin, rappelons qu’en juin dernier, les députés luxembourgeois ont adopté à l’unanimité un projet de loi autorisant, sous strictes conditions, l’usage du cannabis à des fins thérapeutiques (celui-ci contenant du THC). La plante sera disponible dans des conditions très restrictives. Le cannabis se prendra en gélule, en gouttes ou huiles mais ne se fumera pas pour l’instant.

Ouverture officielle de la Canathèque le 8 septembre avec dégustation et DJ.

Enfin, une ouverture officielle de l’établissement du Hempshop Canathèque aura lieu le 8 septembre prochain de 14 heures à 20 heures.  Des dégustations seront proposées et des Dj joueront également quelques sets.